La Noblesse Persane
par Monsieur Kaveh Vaziri

The Persian Nobility
by Mr Kaveh Vaziri

 

1. Une noblesse en Perse ?

Dans des analyses de la société iranienne par plusieurs auteurs, ceux-ci ont souligné qu’il n’y avait guère de noblesse en Perse. En effet, les étages sociaux peuvent être considérés comme souples, étant donné qu’il était possible de passer d’un étage à l’autre. Par exemple, le très respecté Grand Vizir Amir Kabir était le fils du cuisinier du Grand Vizir Ghaem Magham. Dans son livre « the Social Structure of Islam », Ruben Levy dit en parlant de la noblesse persane : «Il n’y a pas d’aristocratie terrienne stable qui passerait les terres de père en fils, une situation due à l’application des lois Islamiques. A part les descendants des Qajars, très peu de chefs nomades éprouvent de l’intérêt pour la généalogie […] Si les mots najibat, « noblesse », et « najib », « noble », sont entendus, ils se référent juste à la position que l’individu a et ne font aucune allusion à la naissance.». Cette citation a été reprise plusieurs fois par divers auteurs.

Cette affirmation est erronée. Premièrement, le mot pour dire « noblesse » en persan n’est point « Nejabat » mais Ashraaf. Nejabat désigne plutôt la noblesse dans le sens de bonté et beauté de quelque chose. Ashraaf désigne l’aristocratie, la royauté, la haute société. Les familles faisant parties de cet étage social sont désignées par l’adjectif « Ashraafi ». Le noble n'est lui pas appelé Najib, adjectif étant utilisé dans le même sens que Nejabat, mais NAJIBZADEH (ou ASHRAFZADEH). Ce mot comprend le suffixe « zadeh » signifiant « né de », voilà ce qui nous montre qu’il y a l’allusion à la naissance dans la noblesse persane.

Jourdain écrit dans son analyse de la société perse : «Il n’y a point de noblesse en Perse, dans le sens que nous attachons à ce mot en Europe. Aucune dignité, aucune charge n’est héréditaire ; cependant il existe des titres qui désignent la naissance ou la condition des personnes qui les portent : tels sont ceux de Mirza et de Kan. » ».

Je voudrais que ceux qui sont de l'avis de ce dernier m'expliquent comment se fait-il qu'absolument tous les membres de la famille Aimini Harsini aient été les gouverneurs de la ville de Harsin si aucune charge n'était héréditaire. Aussi, chaque province avait une famille de Vizirs, de collecteurs de taxes, etc. qui restaient toujours les mêmes. Ce phénomène est très bien expliqué dans le livre «Pouvoir et succession en Iran: les premiers Qâjâr, 1726-1834 » de Hormoz Ebrahimnejad : « Il faut souligner l'importance de ces classes socio-économiques d'origine urbaine, et leur présence imposante dans l'appareil du pouvoir Qâjâr. La stabilité des dynasties de vazir (vizir), à travers la valse des dynasties Safavides, Afshâr et Zand témoignait déjà de leur importance.

Je voudrais que ceux qui disent que les titres et la dignité n'étaient pas héréditaires en Perse m'expliquent quelle grande preuve de dignité personnelle avait fait Mirza Hasan Mostowfi ol Mamalek pour hériter du titre "Mostowfi ol-mamalek" à l'âge de 7 ans si ce n'était pas parce que son père Mirza Yousof Ashtiani Mostowfi ol Mamalek avait
le même titre. Aussi, pourquoi Sardar Asad Bakhtiari avait le titre de "Sardar Asad 2" si ce n'était pas parce que son père avait le titre de "Sardar Asad" ?
D’ailleurs, dans le Parlement de Perse de 1906, une des couches sociales officielles était « Ayan va Ashraf » ce qui signifie « Aristocratie ». Cette aristocratie est très bien analysée dans le livre d’Ebrahimnejad, où il y fait même la différence entre les nobles de robe (deuxième groupe plus bas) et d’épée (troisième groupe plus bas) en Perse.

2. Composition de l’aristocratie

Maintenant que l’on a prouvé l’existence de la noblesse dans la société iranienne, on peut analyser de qui elle était composée, qui sont ces familles « Ashraafi »-nobles.

2.1. Familles Royales

La majorité de celles-ci sont les princes de la dynastie turcophone Qajar. Ils représentent plus d’une centaine de familles. L’importance de ces familles dans la société iranienne dépend de plusieurs critères. Un des plus importants est de savoir de quelle femme du Roi ils descendent. La plupart de ces princes Qajars sont le résultat d’une nuit passée entre une paysanne, une cuisinière, ou une servante qui avait plu au Roi avec celui-ci. Il y a aussi le critère d’hérédité culturel, savoir s’ils sont descendants d’une lignée plutôt d’aînés ou plutôt de cadets. Les descendants importants sont ceux généralement d’un sang bleu du côté de leur ancêtre de sexe femelle et qui font partie de lignées d’aînées ou qui s’y rapprochent. Hormis les familles Qajars, il y a aussi les familles royales Sassani, Afshar, Safavi, Zand, etc. qui font partie de ce groupe. Ces nobles sont appelés « Shahzadeh » (prince, né d’un Roi).


Mohammad Ali Mirza « Dowlatshah »


2.2. Familles de la Royauté

Un autre groupe composant l’Ashraaf sont les descendants de hauts fonctionnaires titrées, la plupart du temps le fils d’un titré étant titré. Ces familles sont généralement dites Asil.
Les titres comprenaient les suffixes « Dowleh », « Malek », « Mamalek », « Molk », « Saltaneh », « Daftar », etc. .
Ces familles portaient généralement aussi les titres héréditaires de Mirza (préfixe) et de Khan (suffixe). « Mirza » est le diminutif de Amirzadeh, signifiant « fils de Prince ». Ce titre était généralement donné aux nobles intellectuels. « Khan » désigne un prince dans le sens de gouverneur, d’élite politique. Il était donné à des gens qui dirigeaient ou qui étaient à la tête de villageois : les grands seigneurs ayant gagné la gestion de terres grâces à leurs hauts postes (Malek) et les chefs de tribus (Ilkhan). Ces nobles sont appelés par le mot général "Najibzadeh" ou "Ashrafzadeh" signifiant "noble", comme vu plus haut.


Mostowfi ol-Mamalek
 


Mossadegh-os-Saltaneh


2.3. Familles Tribales

Le dernier groupe d’aristocrates est composé de descendants de chefs de tribus : les familles Bakhtiar, Zangeneh, Qashqai, etc. Ces familles étaient très influentes dans les diverses provinces de la Perse. Un grand nombre de terrains leur appartenaient et leurs hommes étaient armés, on ne pouvait donc pas prendre de décision ou se permettre de publier des ouvrages sans prendre en compte la présence de tribus importantes et honorables. Un grand nombre de membres du groupe précédent viennent de ces tribus. Ces nobles sont appelés « Khanzadeh » (né d'un chef de tribu).


Sardar-Asad le 2ème

Remarque : Il est à noter que l’étage des nobles était très fermé. Ceux-ci ne se mariaient qu’avec des gens de leur propre étage social. C’est pour cela qu’un noble iranien est généralement lié à ces trois groupes à la fois.

3. Les nobles aujourd’hui

On peut considérer que la noblesse, l’aristocratie fut abolie en Perse en 1925, au moment où Reza Shah abolit les titres.

Les aristocrates Iraniens ont perdu leurs richesses à cause de plusieurs facteurs. Les frères se disputaient et se faisaient des mauvais coups pour récupérer les terres du père par exemple. Il y a aussi eu la réforme agraire du Shah où les terres des anciennes familles furent achetées (bien en dessous de leurs vraies valeurs) et vendues aux paysans. Le facteur le plus important fut quand même la naissance de nouvelles générations trop dépensières, surtout des femmes qui vendaient les propriétés des ancêtres pour s’offrir le luxe, voyager en Europe, etc.

Ce qui reste aux familles nobles persanes actuelles est surtout leur bonne éducation et une grande dignité. Cette éducation rend l’aristocrate iranien noble d’esprit et avec beaucoup de caractère moral, comme dit en Iran « shakhsiat ». Elle lui donne aussi un grand capital culturel, la plupart des nobles étant de familles intellectuelles ayant souvent fait des études en Europe.

Certains peuvent dire que ces familles ne sont plus nobles étant donné que la société monarchique hiérarchisée et les titres sont terminées (une critique autant faite en occident qu’en orient). Ceux-là oublient que la définition d’un noble ou d’un aristocrate est « membre de la couche des nobles ou descendant de quelqu’un ayant fait partie de cette couche ».

Kaveh Vaziri

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